Une page de statistiques ne sert à rien si on ne sait pas quoi en faire. L'objectif de ce guide est simple : passer en revue chaque mesure du site et vous donner, pour chacune, la question à se poser et l'action de coaching qui en découle. Lisez-le une première fois en entier, puis revenez-y après vos sessions de scrims, onglet par onglet.

La règle d'or de l'auto-coaching : ne travaillez qu'un seul axe à la fois. Repérez la statistique la plus en retard, fixez-vous un objectif concret pour les 5 prochaines parties, puis recontrôlez.

Vue d'ensemble : prendre la température

Les cartes de synthèse (KPIs)

Parties, victoires, défaites, winrate et durée moyenne donnent le cadre. Le winrate brut ne veut rien dire seul : c'est sa tendance qui compte. La courbe d'évolution du winrate vous dit si vous progressez réellement ou si vous stagnez. Une courbe qui repasse durablement au-dessus de 50 % après un changement de compo ou de draft, c'est la preuve que votre travail paye.

Carte des synthèses

Sides, tempo & séries

Comparez votre winrate side bleu et side rouge. Un écart marqué (par exemple 65 % en bleu, 40 % en rouge) trahit presque toujours un problème de draft : vous dépendez trop des picks de blue side ou vous ne savez pas gérer les bans adverses en rouge. Travaillez vos priorités de pick/ban sur le side faible.

La durée moyenne des victoires comparée à celle des défaites révèle votre profil. Si vous gagnez court et perdez long, vous êtes une équipe d'early game : il faut closer avant que la partie traîne. Si c'est l'inverse, vous scalez — évitez les bagarres précoces et jouez la patience.

Les séries (victoires/défaites consécutives) mesurent votre stabilité mentale. De longues séries de défaites pointent souvent un problème de tilt ou de communication entre les games plutôt qu'un souci mécanique.

Side, temps de win/lose et séries

Winrate par patch

Chaque patch rebat les cartes. Si votre winrate chute après une mise à jour, votre méta de prédilection a probablement été nerf : c'est le signal qu'il faut réviser votre pool de champions et votre draft, pas vos mécaniques.

Winrate en fonction du patch

Faits d'armes

Ce tableau agrège des signaux de coordination, pas seulement de la performance individuelle :

  • Multikills (double à penta) : des pics de carry. Utile pour identifier vos fenêtres de force, mais ne sur-interprétez pas un penta isolé.
  • Vols d'objectifs : rares, mais un bon indicateur de contrôle d'objectif sous pression.
  • Kills coordonnés / partie : le nombre de kills créés à deux (cible immobilisée avec un allié, pick à deux). Un support ou un jungler avec un score bas, c'est un manque d'engages aboutis ou de setup de vision avant les picks.
  • CC / partie : le temps de contrôle infligé. Croisez-le avec les kills coordonnés : du CC posé mais peu de kills, c'est du CC gâché faute de suivi de l'équipe.
Faits d'armes

Par rôle : qui fait quoi

Les radars comparent vos joueurs sur trois familles. Cherchez surtout les déséquilibres anormaux pour un rôle donné, pas la perfection.

Économie

Gold %, gold/min, gold/partie, CS/min, CS/partie. Un carry (mid, ADC) doit dominer le gold % et le CS/min ; s'il est au niveau du support, il ne farme pas assez ou meurt trop. Un toplaner avec un CS/min faible perd sa lane ou se fait gank en boucle.

Agression

Damage %, KP %, kills/morts/assists moyens, et dégâts subis % (l'axe « tank »). Croisez part de dégâts et part d'or : un joueur qui prend beaucoup de ressources mais a un faible damage % est inefficace. À l'inverse, un fort « tank % » est attendu d'un toplaner d'engage, pas d'un ADC.

Vision

Vision/partie, vision/min, pinks/partie. Le support doit dominer ces axes ; le jungler aussi. Si vos solos posent autant de vision que votre support, soit votre support est passif, soit toute l'équipe sous-investit dans les pinks.

Objectifs : votre macro

Dragons, Baron, Herald

Pour chaque objectif, regardez à la fois le taux de prise et le winrate associé. Prendre le premier dragon dans 70 % des parties avec un bon winrate confirme que votre early autour du drake fonctionne. Prendre le Baron mais perdre quand même signale des throws post-Baron : vous forcez des engages au lieu de fermer la partie.

Premier à…

First blood, premier mort, première tour. Le « premier mort » est sous-estimé : si vous concédez souvent le premier sang, votre phase de lane manque de discipline (over-extend, mauvais respect des matchups). La première tour mesure votre capacité à convertir un avantage de lane en avantage de map.

Contributions objectifs par joueur

Vérifiez que les bonnes personnes participent aux bons objectifs : le jungler et le support sur les drakes/Herald, pas vos carrys qui abandonnent leur wave pour venir tanker un objectif sans raison.

Early game : les 15 premières minutes

Gold diff @10 et @15

C'est le thermomètre de votre laning phase collectif. Un gold diff négatif à 10 minutes de façon récurrente veut dire que vous perdez la map tôt — souvent à cause d'un jungle pathing mal coordonné avec les lanes.

Conversion du lead @15

Comparez votre winrate quand vous êtes en avance à 15 min et quand vous êtes en retard. Une équipe qui gagne seulement 60 % de ses parties où elle mène à 15 min a un vrai problème de mid game : elle ne sait pas convertir un lead. Les compteurs de throws et de comebacks chiffrent directement ce défaut.

Plaques et premier drake

Vos plaques comparées à celles de l'adversaire mesurent la pression de lane. Le timing du premier drake (vous vs eux) indique qui dicte le tempo des objectifs.

Phase de lane par joueur

Gold diff et CS diff @10 contre le vis-à-vis direct isolent qui gagne ou perd sa lane. Pour le jungler, le CS jungle avant 10 min révèle l'efficacité du pathing : un chiffre faible = du temps perdu à ganker sans résultat plutôt qu'à farmer.

Vision & Carte : voir avant d'agir

Le tableau vision & duels

Vision/min, pinks, wards détruites, solo kills et surtout avantage de vision sur le vis-à-vis. Ce dernier chiffre, en plus ou en moins, dit si vous gagnez la guerre de la vision lane par lane.

La carte de chaleur des kills et des morts

C'est l'outil le plus parlant pour le positionnement. Cherchez les zones claires récurrentes dans vos morts : un amas dans la rivière côté drake sans vision, des morts répétées en sidelane sans track de l'adversaire. Filtrez par tranche de temps : les morts 0–15 révèlent la lane, les morts 25+ trahissent un mauvais positionnement en late.

Le rythme des fights

Les kills et morts par tranche de 5 minutes montrent quand vous gagnez ou perdez vos combats. « On perd nos fights entre 20 et 25 min » saute aux yeux : c'est souvent la fenêtre des premiers Barons mal préparés.

Picks & Bans : votre draft

Meilleurs et pires picks par rôle, meilleure et pire compo, vos « némésis » (les champions qui vous battent), et vos bans. Si un champion revient dans vos pires matchups partie après partie et que vous ne le bannissez jamais, le problème n'est pas en game : il est dans votre phase de ban.

La page Parties : le contexte qui manque

Les chiffres agrégés cachent les détails. Le tableau de fin de partie vous remet chaque game en face de l'adversaire, joueur contre joueur. Quand une statistique vous alerte, ouvrez les parties concernées et regardez le matchup, les items et le KDA ligne à ligne : c'est là que vous trouverez la cause, pas seulement le symptôme.

Votre routine d'auto-coaching

  1. Après chaque bloc de scrims, ouvrez la Vue d'ensemble et repérez l'anomalie la plus criante.
  2. Descendez dans l'onglet concerné (early game, vision, objectifs…) pour isoler la cause.
  3. Ouvrez 2–3 parties dans Parties pour confirmer avec le contexte réel.
  4. Fixez un seul objectif mesurable pour les prochaines parties.
  5. Recontrôlez la même statistique cinq parties plus tard.

La donnée ne remplace pas le travail, mais elle vous dit exactement où le mettre. Bonne progression.

- Banst